mercredi 9 mai 2007



Marie de Willambroux, une vie d’ascète



Sainte Marie d’Ougnies
Protégez Nivelles, vot’ patrie

(disaient jadis les Aclots)


Marie de Willambroux, appelée également Marie de Nivelles mais mieux connue sous l’appellation de sainte Marie d’Oignies est née en l’an 1177.

Issue, vraisemblablement, d’une famille de riches négociants, elle passa ses quatorze premières années auprès de ses parents, dans une maison située au début de la rue montoise(1), l’actuelle rue de Mons à Nivelles. On la disait jolie et souriante.

Marie faisait preuve d’une attirance toute particulière pour la vie spirituelle. Dès son plus jeune âge, elle montra des signes d’une réelle piété. Ses parents, afin de la détourner de son attrait pour la vocation religieuse, la marièrent à un jeune noble de la contrée qui se prénommait Jean. Elle avait quatorze ans.

Les égards qu’elle devait à son mari contrariaient parfois ses exercices de dévotion. Heureusement pour elle, son époux comprit sa jeune compagne. Il était originaire d’une famille pieuse. Son frère Guy était chapelain de la léproserie de Willambroux.

Ils décidèrent, d’un commun accord, de distribuer leurs biens aux pauvres et vinrent vivre comme le frère de Jean auprès des lépreux afin de les soigner.

En ces temps, la lèpre dévastait encore nos régions. Cette maladie infectieuse qui corrompt la chair faisait peur et les lépreux étaient rejetés hors des villes. A Nivelles, on cite deux léproseries. La léproserie de Willembroch (Willambroux) et une autre dite « incisa via » dont la situation géographique ne nous est plus connue.

Au lieu dit « Willambroux » où Marie et Jean s’installèrent se trouvait une ferme. En face de cette ferme, existait une léproserie ainsi que des huttes (constructions provisoires). Au même endroit, s’élevait une chapelle entourée d’un cimetière et non loin de là coulait une fontaine appelée « fontaine aux lépreux ». On prétend que c’est à cette fontaine que Marie venait puiser de l’eau pour laver ses chers malades.

Jour et nuit, elle prodiguait des soins et apportait un soutien moral indispensable à ces êtres vivant dans l’isolement. En effet, les lépreux, considérés comme des parias, vivaient dans l’horreur de leur propre défiguration et de l’amputation de leurs membres due à des dommages osseux.

Le jeûne et la mortification n’empêchaient pas Marie de continuer son travail. Elle pouvait rester plusieurs jours sans boire ni manger.
Chaque année, elle avait coutume d’effectuer, à pieds nus, le pèlerinage à Notre-Dame d’Oignies.

Cette vie d’ascète la mena à des extases. Au grand étonnement de ceux qui l’entouraient elle commença à guérir des malades considérés, à cette époque, comme incurables. Les prodiges qu’elle accomplissait et ses visions prémonitoires la firent connaître hors de sa cité natale.

En effet, le bruit de ces prodiges et de ces visions attira l’attention des foules. Les visiteurs arrivèrent nombreux à sa hutte. De grands personnages avaient l’habitude de venir à Nivelles. Certains comme la duchesse de Brabant ou Foulques, l’évêque de Toulouse ne manquèrent pas de consulter Marie.

Son départ pour Oignies


A l’âge de 26 ans, après avoir passé douze années à Willambroux, elle décida de quitter la maladrerie car elle était de plus en plus harcelée par une multitude de personnes. Ces fréquentes visites s’opposaient à son besoin d’abnégation, de solitude et de prières.

Après avoir obtenu le consentement de son époux, elle se retira dans une abbaye peu connue à l’époque car nouvellement construite par Gilles de Walcourt(2) en 1187. Ce monastère se situait dans un petit bourg du nom d’Oignies dans la vallée de la Sambre entre Namur et Charleroi.

Durant dix ans, elle vécut à cet endroit. De sa manière de vivre, deux thèses s’opposent :

- la première la voit entourée de religieuses dont elle fut le modèle par son comportement exemplaire ;

- la deuxième la représente en recluse, c’est-à-dire vivant dans la prière et l’isolement à l’intérieur d’une cellule attenant à l’église.

Quoi qu’il en soit, à la fin de sa vie, Marie fut atteinte d’une pénible maladie. Au cours de ses derniers moments, elle fit transporter sa couche en face de l’autel de l’église du prieuré. Marie mourut le 23 juin 1213. Elle avait trente-six ans. Son corps fut inhumé dans l’église d’Oignies et y resta jusqu’en 1794.

Bien que vénérée comme sainte, Marie d’Oignies ne fut pas canonisée mais son Office, célébré le 23 juin, a été approuvé par Grégoire XVI.

Ses reliques


En 1794, au cours de la révolution française, les reliques de Marie furent cachées dans une ferme à Falisolle afin d’en éviter la profanation. En effet, les cisterciens d’Oignies connurent la confisquation de leurs biens, comme tant d’autres ordres religieux à cette époque.

La translation de la châsse d’Oignies à Nivelles

En 1817, le prieur d’Oignies, réfugié à Jumet, dans l’impossibilité de reconstituer son monastère, fit reprendre les reliques et les fit transporter dans la paroisse Saint-Nicolas à Nivelles. Un conflit eut lieu ente les habitants d’Aiseau et ceux de Nivelles. Les premiers estimaient que ces reliques leur appartenaient et devaient leur être rendues.

Afin de clore toute contestation, les autorités gouvernementales et ecclésiastiques concernées convinrent, par acte notarié en février 1821, que le reliquaire contenant le buste et la tête de la « sainte » retournerait à la paroisse d’Aiseau tandis que la châsse renfermant son corps resterait à la paroisse Saint-Nicolas à Nivelles.

La châsse de Marie d’Oignies


La châsse de Marie d’Oignies se trouve,
de nos jours, à l’intérieur de l’église Saints Jean et Nicolas



L'apôtre Thomas, une des trois figurines

épargnées par le bombardement de 1940


L’orfèvre namurois Henri Libert a réalisé la châsse de Marie d’Oignies en l’an de grâce 1608.

Cette châsse contient les restes de la bienheureuse et est composée de cuivre doré et d’argent. Le couvercle est en forme de toiture. A l’origine, le pourtour était orné de dix panneaux en argent repoussé et ciselé. Treize statuettes étaient disposées dans les niches et sur le couvercle. Elles représentaient le Sauveur et les apôtres.

Le 14 mai 1940, la châsse de la bienheureuse Marie d’Oignies, comme la châsse de sainte Gertrude(3) , fut fortement endommagée par l’incendie qui ravageât la collégiale, où elle avait été entreposée.

Après le bombardement de l’aviation allemande, la châsse fut transportée rue du Géant dans l’ancien couvent des sœurs Conceptionnistes. Il ne restait plus que neuf panneaux et trois figurines.

La châsse de Marie d’Oignies fut restaurée partiellement en 1963 à l’occasion du 750e anniversaire de la mort de la bienheureuse. Après les fêtes organisées pour cet évènement, elle fut exposée dans l’église Saints Jean et Nicolas où on peut toujours l’admirer de nos jours.
Le coffre en chêne se trouvant dans la châsse fut renouvelé lors de l’achèvement de la restauration en 1979.

Scènes représentées sur les dix panneaux :

1° Saint Nicolas, patron d’Oignies et saint Augustin, patron de l’abbaye ;
2° Marie d’Oignies est entre deux anges ;
3° Maire d’Oignies est assise. Elle reçoit saint Jean en visite ;
4° Marie d’Oignies est dans sa cellule accompagnée de deux anges. Par la fenêtre, une scène la représente en train d’enterrer des lépreux ;
5° Marie, accompagnée de saint Nicolas, arrive à Oignies ;
6° Marie d’Oignies, malade, est aidée par deux anges. Ceux-ci la conduisent près d’un vase pour étancher sa soif ;
7° Marie d’Oignies prie près de sa couche. On l’aperçoit également par la fenêtre, en train d’arriver à Oignies. Il pleut, mais la sainte est miraculeusement préservée de la pluie ;
8° Grâce à la protection de Marie d’Oignies, le cardinal de Vitry échappe à la tempête ;
9° Marie d’Oignies est morte. Le Sauveur montre sa croix. Deux anges soutiennent la sainte ;
10° Marie d’Oignies guérit des enfants. Des femmes implorent sa protection.


Jacques de Vitry, son confesseur et biographe


Jacques de Vitry est né à Vitry en Perthois(4) vers la fin du XIIe siècle. D’abord chanoine régulier et curé d’Oignies. En 1215, il reçut du pape Honorius III le titre d’évêque de Ptolémaïs (Saint-Jean d’Acre) en Terre Sainte. Il prêcha la croisade contre les Albigeois. Il fut évêque coadjuteur en principauté de Liège de 1226 à 1229. En 1229, il fut promu cardinal par le pape Grégoire IX et nommé évêque de Tusculum. Il mourut à Rome le 1er mai 1240.

Jacques de Vitry fut le confesseur de Marie d’Oignies de 1210 à 1213. Il était présent lorsque les restes de Marie furent exhumés pour être déposés dans un sarcophage de pierre(5).
Chaque fois que l’occasion se présentait, il se rendait à Oignies. Il y fit parvenir des reliques et de l'orfèvrerie. Sa présence contribua certainement à l’extension de la ferveur cultuelle qui se manifestait à l’égard de Marie d’Oignies. En outre, il portait à son cou, un écrin d’argent, reliquaire d’un doigt de Marie.

De 1213 à 1216, à la demande de Foulques de Marseille, évêque de Toulouse, il écrivit la "vie" de Marie d'Oignies pour laquelle il avait la plus grande vénération.
Dans le contexte de l'époque, cette biographie spirituelle médiévale mettait en exergue une vie construite sur la fidélité et l'obéissance aux lois de l'Eglise comparée à l'hérésie cathare qui s'opposait à la hiérarchie catholique.

Bien que décédé à Rome, Jacques de Vitry, avait marqué le désir d’être enterré à Oignies. Son souhait fut satisfait l’année qui suivit sa mort. Depuis 1970, son corps repose dans une église de style roman dédiée à Marie d’Oignies.


Notes :


1. Bien que maintes fois transformée, la maison reprise dans tous les actes de vente comme celle de « sainte Marie d’Oignies » existait toujours avant le bombardement du centre de Nivelles en mai 1940. Il s’agissait du deuxième immeuble après le coin formé avec la rue Sainte-Gertrude. Un document photographique de cette maison est repris notamment dans la revue « Rif tout dju » n° 406 de mars 1999 à la page 34.

2. Gilles, Robert, Jean et Hugo, quittèrent Walcourt et construisirent une abbaye, à la place d'une modeste chapelle de bois. Les frères suivaient la règle de saint Augustin. L'aîné fut le premier prieur d’Oignies, le cadet est surtout connu par ses dons en orfèvrerie. Jacques de Vitry, mécène, apporta des richesses au prieuré et passa des commandes au jeune Hugo de Walcourt.

3. Les trois-quarts de ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie du XIIIe siècle furent détruits. Une réplique de cette châsse gothique fut inaugurée en septembre 1988.

4. Jacques de Vitry ne serait pas né à Vitry-sur-Seine ou à Argenteuil près de Paris mais bien à Vitry en Perthois situé en Champagne comme en attesterait une charte de 1193 de Marie Comtesse de Champagne.

5. Le sarcophage dit de « sainte Marie d’Oignies », retrouvé à Wanfercée-Baulet en 1912, se trouve maintenant au Musée provincial des Arts anciens à Namur.




Lien vers des photographies de l’église Saints Jean et Nicolas où se trouve la châsse de Marie d’Oignies

- http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/EgliseSaintsJeanEtNicolas

Lien vers une photographie du reliquaire de Marie d’Oignies tirée du site http://aiseau.tournai.catho.be/ :

(pour visionner l'image un clic ici)

Lien vers des photographies de la ferme de Willambroux
(Il existe encore actuellement une ferme abandonnée au lieu dit « Willambroux ». Toutefois, cette ferme est postérieure à la léproserie).
- http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/FermeDeWillambrouxSiseChaussEDeMons

Lien vers des photographies de la Rue de Mons (ancienne Rue Montoise)

- http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/RueDeMons

Documents de référence :

- Vie de sainte Marie de Nivelles dite d’Oignies par l’Abbé Th. Rayée – 1893
- Mémorial des fêtes du VII centenaire de sainte Marie de Nivelles – 23 juin 1913

- Sous le signe de Jean de Nivelles de Louis Wilmet - mai 1938 - pages 95 et 112

- Saints de Belgique par le chanoine Jacques Leclercq – février 1942 – pages 18 – 99 à 105 – 148 – 154 – 169 à 171 – 177 à 178 – 203 - 212
- Rif tout dju n° 141 – septembre 1970 – pages 9 à 10
- Folklore brabançon n° 158 - ??? - pages 260 à 270
- Rif tout dju n° 406 – mars 1999 – pages 34 à 38
- Vers L'Avenir – Namur – 31 mai 2003 - page 17: Les tribulations d'un joyau


Sites de référence :

- http://www.nivelles.be/ViewArticle.php?ref=TOPA00362
- http://users.skynet.be/bs241588/menu/menu.htm
- http://users.skynet.be/bs241588/abbaye/origines.htm
- http://users.skynet.be/bs241588/abbaye/beguinage.htm
- http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1377/Bienheureuse-Marie-d-Oignies.html
- http://nominis.cef.fr/contenus/saint/chronologique/13-siecle.html
- http://magnificat.ca/cal/fran/06-23.htm
- http://www.geocities.com/Heartland/Pines/6571/histoireLo.htm
- http://www.acam-france.org/bibliographie/auteur.php?cle=devitry-jacques
- http://www.unige.ch/theologie/distance/cours/hc1/lecon5/oignies.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_d'Oignies
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitry-sur-Seine
- http://www.sot.com.fr/web-pages/06-les-templiers.htmhttp://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr/2006/12/10/les-templiers-dapres-jacques-de-vitry-1180-1240/


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