mardi 24 juillet 2007


La tarte al djote, des origines à nos jours

Bi t'chaude, bi blète, qu'el bure desglète
Bien chaude, bien mûre (bien à point) , que le beurre dégouline



La « verte »



où les légumes et les autres ingrédients
sont incorporés au fromage de Nivelles, la bétchèye(1)
afin de constituer la garniture, la makayence




A Nivelles, manger de la tarte al djote(2) est une réelle tradition culinaire(3). Cette tradition, qui a traversé les siècles, fait partie intégrante de l’histoire de la cité aclote.

En effet, une tarte appelée placenta (-enveloppe- de pâte) apparaît déjà dans les archives nivelloises du Moyen-âge. Cette tarte ou tourte « au fromage » ne devait pourtant pas contenir de bette, car ce terme n’aurait pas été mentionné(4) dans les textes anciens. On ne connaît, donc, pas avec certitude la période à laquelle, la bette a pu être ajoutée à la recette d’origine.

En 1046(5) , lors de la consécration de la collégiale Sainte-Gertrude, par Wazon, évêque de Liège, l’empereur germanique, Henri III, qui se trouvait à Nivelles pour cet évènement, se vit servir ce mets impérial.
En relation avec cet épisode mémorable de l’histoire de la cité, il fut une époque, où, le quatre mai, on célébrait èl katamayî (quarta maï), une fête dénommée ainsi en souvenir de la dédicace de la collégiale. Ce jour là, on offrait un repas aux pensionnaires des hospices de la ville. Les tartes y étaient servies.

Les abbesses de Nivelles ont de tout temps veillé au bon respect de la recette ancestrale des tartes. Elles en ont réglementé la forme, la dimension et la composition. Un jugement arbitral de l’abbesse Helwide II, daté du 2 février 1218, l’atteste.

Lors de son passage à Bruxelles, en octobre 1544, Eléonore de Habsbourg, l’épouse du roi de France, François Ier, a goûté de ce mets de tradition.

Vers 1920(6), le restaurant le plus fréquenté par les amateurs de tartes al djote était l’Argayon – Restaurant des Alliés - situé «su l’Grand Martchi» et tenu par Zélie(7) Taminiau. La lecture d’un encart publicitaire de l’époque stimulait les glandes salivaires des gourmets :

- « Si c’est vo goût des doupes ou bî dé l’târte à l’djote, y vos faut d’aller asprouver les ciènes qu’o mindje à Zélie, au Restaurant des Alliés.
C’est là qu’o rinconte tous l’ dimanches yèt les lundis, l’hiver comme l’esté, les pus fins bètch’ dè l’ville…
Les doupes yèt les târtes sont crasses éyèt spesses, yèt l’bûre n’est ni plaindu ».

« Si c’est votre goût des doubles ou bien de la tarte al djote, il vous faut aller essayer celles qu’on mange chez Zélie, au Restaurant des Alliés. C’est là qu’on rencontre tous les dimanches et les lundis, l’hiver comme l’été, les plus fins becs de la ville…
Les doubles et les tartes sont grasses et épaisses et le beurre n’est pas compté».


Dans son roman Sous le signe de Jean de Nivelles, publié en 1938, Louis Wilmet exprimait, en ces termes, le plaisir gourmand de l'aclot :
« Et l’on entamait les tartes toutes chaudes, imbibées et piquées copieusement d’excellent beurre ; les vertes remportaient le plus de succès, et on savourait l’épaisse couche de bètchée mêlée d’œufs et de crème, de sel et de beurre bruni, de petits oignons verts, de persil(8) et de poivre, grassement étendue sur la délicate pâte. »


Du début des années 1950 au milieu des années 1960, le café des Arcades situé sur la Grand-Place organisa un concours du plus grand mangeur de tartes al djote. Quatre à cinq tartes étaient englouties en un temps « record » par le vainqueur qui était proclamé roi ou bien empereur s’il gagnait le concours deux années consécutives. Six tartes et demie furent même avalées par un Dinantais en 1958.


La recette qui est privilégiée, de nos jours, est la dénommée « Recette de l’ange » du nom d’un établissement qui était situé en face des anciens ateliers métallurgiques.

La Confrérîye dèl tarte al djote (la confrérie de la tarte al djote) dirigée par un conseil noble fut créée en mai 1980. Le premier chapitre eut lieu en septembre 1980. Depuis 1982, chaque année, des labels de qualité sont attribués aux meilleurs fabricants de ce mets local. Une à quatre étoiles étaient octroyées jusqu’en 2004. Depuis 2005, une cinquième étoile est venue s’ajouter aux quatre autres.

Les nouveaux chevaliers de cette confrérie doivent jurer de respecter et de défendre les traditions de la bonne ville de Nivelles. De faire honneur à ses spécialités gastronomiques et en particulier à la tarte al djote qu’ils s’engagent à déguster « Bi t’chaude, bi blète, qu’el bure desglète ».

Les anciens souverains belges, sa Majesté feu le roi Baudouin Ier et son épouse la reine Fabiola ont goûté la tarte al djote lors d’une cérémonie d’intronisation du Roi au rang de Grand Bailly d’honneur. Cérémonie qui s’est tenue le 14 septembre 1984.

Comme le personnage de Jean de Nivelles et la collégiale, ce bijou de l’art architectural, la tarte al djote, ce mets de tradition, continue à faire la renommée de la bonne cité du Roman Païs de Brabant.

Georges Willame, auteur et poète nivellois, exprimait son plaisir de connaisseur en ces mots : « Je trouve à me régaler d’une tarte à l’djotte, un plaisir de gourmet frugal, mais quand on me l’apporte, sortant frémissante du four et pailletée de jaune doré, je pense à la gloire de l’ancienne bètchéye de Nivelles, préparée en tarte, si renommée qu’on en présenta six à la reine Eléonore d’Autriche, (...), arrivée à Bruxelles en octobre 1544 et que la Ville en offrait quelques douzaines chaque année au Chancelier de Brabant. (…) et vous me comprendrez, c’est avec recueillement que, la sachant illustre autant que succulente, je contemple ma tarte à l’djotte, luisante et ruisselante sous le beurre fondu ».

Et pour terminer, un conseil à tout gourmet ou gourmand qui ne connaîtrait pas cette spécialité ? Goûtez-en ! car comme disent les Aclots : « En’târt’ al djote çà vos ravigote ». Et si malgré tout vous restez indécis, vous devez savoir qu’ « à Nivelles on n’a jamais strôné avé du bûre » Nivelles on ne s’est jamais étranglé avec du beurre).


Notes

1. Fromage de vache fermenté, présenté sous forme de boulette (de Nivelles).

2. Poirée, bette ou blette, et aussi joutte (djoute). De ce dernier terme résulterait le mot djote.
Il ne s’agit donc pas d’une tarte aux choux comme le pensent encore certains wallons. En effet, le terme djote signifie en wallon nivellois 'bette' et non 'chou' comme dans d'autres régions de la Wallonie. Cette confusion se rencontre également dans l’ouvrage de Jean de Vincennes « Gertrude, Dame de Nivelles » - deuxième édition – année 1954 - note de bas de page 15.

3. Bien que vraisemblablement moins ancienne, il existe une autre tradition culinaire à Nivelles. La dégustation, en automne et en hiver, de la double. Les aclots apprécient particulièrement ces fines crêpes de farine de sarrasin réunies deux à deux par un copieux enduit de bètchéye assaisonnée et fondante. Les doubles, imprégnées de beurre frais, sont servies très chaudes. Selon la coutume, c’est lors du tour Sainte-Gertrude (le dimanche qui suit le 29 septembre, date de la fête de Saint-Michel, saint patron de la ville) que les aclots délaissent temporairement leurs tartes al djote si prisées pour leurs doubles si savoureuses.

4. Toutefois, Michel Ferrière fait allusion à la bette parmi les ingrédients nécessaires à la préparation de cette tarte du Moyen-Âge : "Ces placentae devaient être faits de bon fromage gras, de bettes, d'œufs, sel, eau, lait, beurre frit, petits oignons verts et du persil haché menu. Cette "tarte" devait être mangée chaude et bien garnie de beurre frais." (cf. le Rif tout dju n° 278 de janvier-février 1985 –page 19).

5. En 1046, Madame l’abbesse s’appelait Riketa (Rikesa, Riquette, Richette) et était une parente de l'empereur Henri III. Le prévôt du chapitre des chanoines se nommait Godescale (cf. Sous le signe de Jean de Nivelles par Louis Wilmet – 1938 – page 158 / La Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles par A. Mottart - 2ème édition - 1962 - page 13).

6. De nos jours, on conseille de servir une bonne bière de Jean de Nivelles ou une bière d’abbaye comme boisson d’accompagnement à la tarte al djote. Dans la première partie du vingtième siècle, une bonne bouteille de Peetermans bien mousseuse ou un bon verre de vin de Bourgogne pouvait accompagner agréablement la tarte al djote (cf.Louis Wilmet - Sous le signe de Jean de Nivelles – pages 34 et 159).

7. Vous trouverez deux photographies de « Chez Zélie » aux pages 76 et 77 de l’ouvrage de Jean Vandendries intitulé « Les Bistrots de Nivelles ». L’établissement de Zélie se situait sur la Grand-place au coin formé avec l’ancienne rue du Haubergeon, non loin de la fontaine-perron. Gastronomes et gourmands y réservaient leur table le lundi, jour où la tarte al djote préparée par la tenancière était la meilleure. Le 29 août 1926, lors de l’inauguration du carillon de la collégiale, plus de 800 tartes sortirent de la cuisine du restaurant. La chaleur qui se dégageait habituellement de cet endroit était si intense qu’il était dénommé « le Congo ».

8. Vous remarquerez que Louis Wilmet ne mentionne pas de bette alors qu’à cette époque la bette était bien présente dans la préparation de la tarte. Il faut savoir qu’actuellement, dans certaines cuisines nivelloises, on remplace toujours la bette par du persil, bien que cela ne corresponde pas à la recette reconnue.


Notes complémentaires :

- 1. Il existe deux variantes à la « verte » ou tarte al djote proprement dite. Il s’agit de la « mitoyenne » et de la « jaune » aussi appelée « blanche ».

La mitoyenne
.






Un bon compromis. Un demi côté vert, un demi côté jaune.




La jaune





Au fromage sans verdure. Une enveloppe (placenta) de pâte entoure de la bètchéye





- 2. Bien que les Aclots tiennent toujours en grand honneur leur tarte al djote et leurs doubles, d'autres anciennes spécialités nivelloises sont à présent pour la plupart délaissées ou disparues.
Parmi ces produits du terroir citons : - le canestia, les couyes de swisse, les lunètes, les mastelles, l'oye, et les stotchès.


Documents de référence :

- Folklore brabançon - Edition spéciale - Nivelles Art Archéologie Folklore - juillet 1926 - pages 161 à 163

- Nivelles en Roman Païs de Brabant – Paul Collet – 15 juin 1927 - page 26 et encart publicitaire en fin d’ouvrage
- Sous le signe de Jean de Nivelles – Louis Wilmet – mai 1938 – pages 29 - 33 à 34 – 158 à 159
- Notes sur l’origine et le folklore de Nivelles - Georges Delcambe - Brabant : Bulletin d’information n° 8-9 – août-septembre 1955 – pages 4 à 6
- Rif tout dju n° 103 - novembre 1966 - pages ? à ? - Spécialités culinaires - Joseph Coppens
- Rif tout dju n° 245 - mars 1981 - pages 11 à 12
- Rif tout dju n° 278 – janvier-février 1985 – pages 19 à 27
- Rif tout dju - hors série - avril 1990 - Nivelles : Folklore, souvenirs et traditions - Joseph Coppens
- Presse régionale – Histoire de spots – B.C. et L.G - 1990
- Rif tout dju n° 332 – février 1991 – pages 55 à 58
- Les Bistrots de Nivelles – Jean Vandendries – 1997 – pages 65 à 66 et 76 à 78
- Rif tout dju n° 394 – octobre 1997 – pages 1 à 3
- Rif tout dju n° 415 – mai 2000 – page 23
- S.A.N. n° 143 – octobre à décembre 2003 - Autour d’une djote
- Rif tout dju n° 444 – mars et avril 2004 – pages 32 à 35
- Rif tout dju n° 446 – septembre et octobre 2004 – pages 19 à 20
- S.A.N. n° 148 – novembre 2004 à janvier 2005 - Tarte al’djote
- Guide touristique – Roman Païs – Edition 2006 – page 58
- Rif tout dju n° 464 - mai-juin 2007 - page 19



samedi 2 juin 2007

La famille Plon, de Nivelles à Paris




Les Plon à Nivelles




La maison Plon, rue Coquerne

occupée de nos jours par un médecin

Emmanuel-Henri-Joseph Plon est né à Ath en 1742. Après des études classiques, il effectua son apprentissage en imprimerie au service de son père, imprimeur de profession.

Par la suite, Emmanuel se déplaça, de foire en foire, en tant que libraire itinérant. Ses bonnes aptitudes professionnelles avaient été remarquées par les édiles communaux lors de ses déplacements à la foire de Nivelles.

Il est bon de savoir qu’à cette époque il n’existait pas encore d’imprimerie dans la cité aclote.

En 1770, l’administration communale l’invita à établir une imprimerie à Nivelles.

En 1774, Emmanuel Plon fut donc le premier imprimeur de la ville. Il s’installa tout d’abord sur la Grand-place, au coin de la rue de Soignies puis rue Coquerne et ensuite rue des Annonciades (l’actuelle rue de la Religion).

En 1778, il accueillit chez lui, son père, Pierre-Jean-Joseph, qui fut un temps imprimeur de Louis XV et sa mère Marie-Caroline-Josèphe de Ladrière. Tous deux sont décédés à Nivelles.

Emmanuel, père d’une nombreuse famille, se trouva dans la nécessité d’augmenter ses revenus. Ses solides connaissances en imprimerie lui donnèrent l’opportunité d’ouvrir une école rue des Canonniers où il installa également son atelier.

Lors des affrontements de 1815, entre l’armée napoléonienne et les armées alliées, les soldats prussiens dévastèrent son lieu de travail. Emmanuel fut à nouveau obligé de déménager son établissement. Il s’installa place Saint-Paul.

Il passa la fin de sa vie, auprès de sa plus jeune fille, rue de Soignies. Il mourut dans sa quatre-vingt-dixième année, le 9 septembre 1832.

Charles son fils aîné, s’installa comme relieur, Alexandre, le cinquième dans l’ordre de naissance reprit l’affaire familiale, Henri et les autres quittèrent le pays pour s’installer à Paris.


Les Plon à Paris



Henri et deux de ses frères créèrent les Editions Plon en 1852. C’est plus ou moins à cette époque qu’ils obtinrent le titre d’imprimeur de l’empereur Napoléon III. Parmi leurs publications, on soulignera ici les correspondances de Louis XIII, de Marie-Antoinette et de Napoléon Ier.

Le premier représentant de cette « dynastie » d’imprimeurs, dont la famille était originaire du Danemark, était un typographe du nom de Jehan Plon qui était établi à Mons à la fin du XVIème siècle.

Les Editions Plon font actuellement partie du Groupe Editis.




Documents de référence :

- Rif tout dju n° 349 – novembre 1992 – pages 20 à 24

- S.A.N. n° 143 – octobre à décembre 2003

Sites de référence :

- http://www.plon.fr/historique.php

- http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/desslate/dico0750.htm

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Plon

- http://www.arikah.net/encyclopedie-francaise/Plon

mercredi 9 mai 2007



Marie de Willambroux, une vie d’ascète



Sainte Marie d’Ougnies
Protégez Nivelles, vot’ patrie

(disaient jadis les Aclots)


Marie de Willambroux, appelée également Marie de Nivelles mais mieux connue sous l’appellation de sainte Marie d’Oignies est née en l’an 1177.

Issue, vraisemblablement, d’une famille de riches négociants, elle passa ses quatorze premières années auprès de ses parents, dans une maison située au début de la rue montoise(1), l’actuelle rue de Mons à Nivelles. On la disait jolie et souriante.

Marie faisait preuve d’une attirance toute particulière pour la vie spirituelle. Dès son plus jeune âge, elle montra des signes d’une réelle piété. Ses parents, afin de la détourner de son attrait pour la vocation religieuse, la marièrent à un jeune noble de la contrée qui se prénommait Jean. Elle avait quatorze ans.

Les égards qu’elle devait à son mari contrariaient parfois ses exercices de dévotion. Heureusement pour elle, son époux comprit sa jeune compagne. Il était originaire d’une famille pieuse. Son frère Guy était chapelain de la léproserie de Willambroux.

Ils décidèrent, d’un commun accord, de distribuer leurs biens aux pauvres et vinrent vivre comme le frère de Jean auprès des lépreux afin de les soigner.

En ces temps, la lèpre dévastait encore nos régions. Cette maladie infectieuse qui corrompt la chair faisait peur et les lépreux étaient rejetés hors des villes. A Nivelles, on cite deux léproseries. La léproserie de Willembroch (Willambroux) et une autre dite « incisa via » dont la situation géographique ne nous est plus connue.

Au lieu dit « Willambroux » où Marie et Jean s’installèrent se trouvait une ferme. En face de cette ferme, existait une léproserie ainsi que des huttes (constructions provisoires). Au même endroit, s’élevait une chapelle entourée d’un cimetière et non loin de là coulait une fontaine appelée « fontaine aux lépreux ». On prétend que c’est à cette fontaine que Marie venait puiser de l’eau pour laver ses chers malades.

Jour et nuit, elle prodiguait des soins et apportait un soutien moral indispensable à ces êtres vivant dans l’isolement. En effet, les lépreux, considérés comme des parias, vivaient dans l’horreur de leur propre défiguration et de l’amputation de leurs membres due à des dommages osseux.

Le jeûne et la mortification n’empêchaient pas Marie de continuer son travail. Elle pouvait rester plusieurs jours sans boire ni manger.
Chaque année, elle avait coutume d’effectuer, à pieds nus, le pèlerinage à Notre-Dame d’Oignies.

Cette vie d’ascète la mena à des extases. Au grand étonnement de ceux qui l’entouraient elle commença à guérir des malades considérés, à cette époque, comme incurables. Les prodiges qu’elle accomplissait et ses visions prémonitoires la firent connaître hors de sa cité natale.

En effet, le bruit de ces prodiges et de ces visions attira l’attention des foules. Les visiteurs arrivèrent nombreux à sa hutte. De grands personnages avaient l’habitude de venir à Nivelles. Certains comme la duchesse de Brabant ou Foulques, l’évêque de Toulouse ne manquèrent pas de consulter Marie.

Son départ pour Oignies


A l’âge de 26 ans, après avoir passé douze années à Willambroux, elle décida de quitter la maladrerie car elle était de plus en plus harcelée par une multitude de personnes. Ces fréquentes visites s’opposaient à son besoin d’abnégation, de solitude et de prières.

Après avoir obtenu le consentement de son époux, elle se retira dans une abbaye peu connue à l’époque car nouvellement construite par Gilles de Walcourt(2) en 1187. Ce monastère se situait dans un petit bourg du nom d’Oignies dans la vallée de la Sambre entre Namur et Charleroi.

Durant dix ans, elle vécut à cet endroit. De sa manière de vivre, deux thèses s’opposent :

- la première la voit entourée de religieuses dont elle fut le modèle par son comportement exemplaire ;

- la deuxième la représente en recluse, c’est-à-dire vivant dans la prière et l’isolement à l’intérieur d’une cellule attenant à l’église.

Quoi qu’il en soit, à la fin de sa vie, Marie fut atteinte d’une pénible maladie. Au cours de ses derniers moments, elle fit transporter sa couche en face de l’autel de l’église du prieuré. Marie mourut le 23 juin 1213. Elle avait trente-six ans. Son corps fut inhumé dans l’église d’Oignies et y resta jusqu’en 1794.

Bien que vénérée comme sainte, Marie d’Oignies ne fut pas canonisée mais son Office, célébré le 23 juin, a été approuvé par Grégoire XVI.

Ses reliques


En 1794, au cours de la révolution française, les reliques de Marie furent cachées dans une ferme à Falisolle afin d’en éviter la profanation. En effet, les cisterciens d’Oignies connurent la confisquation de leurs biens, comme tant d’autres ordres religieux à cette époque.

La translation de la châsse d’Oignies à Nivelles

En 1817, le prieur d’Oignies, réfugié à Jumet, dans l’impossibilité de reconstituer son monastère, fit reprendre les reliques et les fit transporter dans la paroisse Saint-Nicolas à Nivelles. Un conflit eut lieu ente les habitants d’Aiseau et ceux de Nivelles. Les premiers estimaient que ces reliques leur appartenaient et devaient leur être rendues.

Afin de clore toute contestation, les autorités gouvernementales et ecclésiastiques concernées convinrent, par acte notarié en février 1821, que le reliquaire contenant le buste et la tête de la « sainte » retournerait à la paroisse d’Aiseau tandis que la châsse renfermant son corps resterait à la paroisse Saint-Nicolas à Nivelles.

La châsse de Marie d’Oignies


La châsse de Marie d’Oignies se trouve,
de nos jours, à l’intérieur de l’église Saints Jean et Nicolas



L'apôtre Thomas, une des trois figurines

épargnées par le bombardement de 1940


L’orfèvre namurois Henri Libert a réalisé la châsse de Marie d’Oignies en l’an de grâce 1608.

Cette châsse contient les restes de la bienheureuse et est composée de cuivre doré et d’argent. Le couvercle est en forme de toiture. A l’origine, le pourtour était orné de dix panneaux en argent repoussé et ciselé. Treize statuettes étaient disposées dans les niches et sur le couvercle. Elles représentaient le Sauveur et les apôtres.

Le 14 mai 1940, la châsse de la bienheureuse Marie d’Oignies, comme la châsse de sainte Gertrude(3) , fut fortement endommagée par l’incendie qui ravageât la collégiale, où elle avait été entreposée.

Après le bombardement de l’aviation allemande, la châsse fut transportée rue du Géant dans l’ancien couvent des sœurs Conceptionnistes. Il ne restait plus que neuf panneaux et trois figurines.

La châsse de Marie d’Oignies fut restaurée partiellement en 1963 à l’occasion du 750e anniversaire de la mort de la bienheureuse. Après les fêtes organisées pour cet évènement, elle fut exposée dans l’église Saints Jean et Nicolas où on peut toujours l’admirer de nos jours.
Le coffre en chêne se trouvant dans la châsse fut renouvelé lors de l’achèvement de la restauration en 1979.

Scènes représentées sur les dix panneaux :

1° Saint Nicolas, patron d’Oignies et saint Augustin, patron de l’abbaye ;
2° Marie d’Oignies est entre deux anges ;
3° Maire d’Oignies est assise. Elle reçoit saint Jean en visite ;
4° Marie d’Oignies est dans sa cellule accompagnée de deux anges. Par la fenêtre, une scène la représente en train d’enterrer des lépreux ;
5° Marie, accompagnée de saint Nicolas, arrive à Oignies ;
6° Marie d’Oignies, malade, est aidée par deux anges. Ceux-ci la conduisent près d’un vase pour étancher sa soif ;
7° Marie d’Oignies prie près de sa couche. On l’aperçoit également par la fenêtre, en train d’arriver à Oignies. Il pleut, mais la sainte est miraculeusement préservée de la pluie ;
8° Grâce à la protection de Marie d’Oignies, le cardinal de Vitry échappe à la tempête ;
9° Marie d’Oignies est morte. Le Sauveur montre sa croix. Deux anges soutiennent la sainte ;
10° Marie d’Oignies guérit des enfants. Des femmes implorent sa protection.


Jacques de Vitry, son confesseur et biographe


Jacques de Vitry est né à Vitry en Perthois(4) vers la fin du XIIe siècle. D’abord chanoine régulier et curé d’Oignies. En 1215, il reçut du pape Honorius III le titre d’évêque de Ptolémaïs (Saint-Jean d’Acre) en Terre Sainte. Il prêcha la croisade contre les Albigeois. Il fut évêque coadjuteur en principauté de Liège de 1226 à 1229. En 1229, il fut promu cardinal par le pape Grégoire IX et nommé évêque de Tusculum. Il mourut à Rome le 1er mai 1240.

Jacques de Vitry fut le confesseur de Marie d’Oignies de 1210 à 1213. Il était présent lorsque les restes de Marie furent exhumés pour être déposés dans un sarcophage de pierre(5).
Chaque fois que l’occasion se présentait, il se rendait à Oignies. Il y fit parvenir des reliques et de l'orfèvrerie. Sa présence contribua certainement à l’extension de la ferveur cultuelle qui se manifestait à l’égard de Marie d’Oignies. En outre, il portait à son cou, un écrin d’argent, reliquaire d’un doigt de Marie.

De 1213 à 1216, à la demande de Foulques de Marseille, évêque de Toulouse, il écrivit la "vie" de Marie d'Oignies pour laquelle il avait la plus grande vénération.
Dans le contexte de l'époque, cette biographie spirituelle médiévale mettait en exergue une vie construite sur la fidélité et l'obéissance aux lois de l'Eglise comparée à l'hérésie cathare qui s'opposait à la hiérarchie catholique.

Bien que décédé à Rome, Jacques de Vitry, avait marqué le désir d’être enterré à Oignies. Son souhait fut satisfait l’année qui suivit sa mort. Depuis 1970, son corps repose dans une église de style roman dédiée à Marie d’Oignies.


Notes :


1. Bien que maintes fois transformée, la maison reprise dans tous les actes de vente comme celle de « sainte Marie d’Oignies » existait toujours avant le bombardement du centre de Nivelles en mai 1940. Il s’agissait du deuxième immeuble après le coin formé avec la rue Sainte-Gertrude. Un document photographique de cette maison est repris notamment dans la revue « Rif tout dju » n° 406 de mars 1999 à la page 34.

2. Gilles, Robert, Jean et Hugo, quittèrent Walcourt et construisirent une abbaye, à la place d'une modeste chapelle de bois. Les frères suivaient la règle de saint Augustin. L'aîné fut le premier prieur d’Oignies, le cadet est surtout connu par ses dons en orfèvrerie. Jacques de Vitry, mécène, apporta des richesses au prieuré et passa des commandes au jeune Hugo de Walcourt.

3. Les trois-quarts de ce chef-d’œuvre d’orfèvrerie du XIIIe siècle furent détruits. Une réplique de cette châsse gothique fut inaugurée en septembre 1988.

4. Jacques de Vitry ne serait pas né à Vitry-sur-Seine ou à Argenteuil près de Paris mais bien à Vitry en Perthois situé en Champagne comme en attesterait une charte de 1193 de Marie Comtesse de Champagne.

5. Le sarcophage dit de « sainte Marie d’Oignies », retrouvé à Wanfercée-Baulet en 1912, se trouve maintenant au Musée provincial des Arts anciens à Namur.




Lien vers des photographies de l’église Saints Jean et Nicolas où se trouve la châsse de Marie d’Oignies

- http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/EgliseSaintsJeanEtNicolas

Lien vers une photographie du reliquaire de Marie d’Oignies tirée du site http://aiseau.tournai.catho.be/ :

(pour visionner l'image un clic ici)

Lien vers des photographies de la ferme de Willambroux
(Il existe encore actuellement une ferme abandonnée au lieu dit « Willambroux ». Toutefois, cette ferme est postérieure à la léproserie).
- http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/FermeDeWillambrouxSiseChaussEDeMons

Lien vers des photographies de la Rue de Mons (ancienne Rue Montoise)

- http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/RueDeMons

Documents de référence :

- Vie de sainte Marie de Nivelles dite d’Oignies par l’Abbé Th. Rayée – 1893
- Mémorial des fêtes du VII centenaire de sainte Marie de Nivelles – 23 juin 1913

- Sous le signe de Jean de Nivelles de Louis Wilmet - mai 1938 - pages 95 et 112

- Saints de Belgique par le chanoine Jacques Leclercq – février 1942 – pages 18 – 99 à 105 – 148 – 154 – 169 à 171 – 177 à 178 – 203 - 212
- Rif tout dju n° 141 – septembre 1970 – pages 9 à 10
- Folklore brabançon n° 158 - ??? - pages 260 à 270
- Rif tout dju n° 406 – mars 1999 – pages 34 à 38
- Vers L'Avenir – Namur – 31 mai 2003 - page 17: Les tribulations d'un joyau


Sites de référence :

- http://www.nivelles.be/ViewArticle.php?ref=TOPA00362
- http://users.skynet.be/bs241588/menu/menu.htm
- http://users.skynet.be/bs241588/abbaye/origines.htm
- http://users.skynet.be/bs241588/abbaye/beguinage.htm
- http://nominis.cef.fr/contenus/saint/1377/Bienheureuse-Marie-d-Oignies.html
- http://nominis.cef.fr/contenus/saint/chronologique/13-siecle.html
- http://magnificat.ca/cal/fran/06-23.htm
- http://www.geocities.com/Heartland/Pines/6571/histoireLo.htm
- http://www.acam-france.org/bibliographie/auteur.php?cle=devitry-jacques
- http://www.unige.ch/theologie/distance/cours/hc1/lecon5/oignies.htm
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_d'Oignies
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitry-sur-Seine
- http://www.sot.com.fr/web-pages/06-les-templiers.htmhttp://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr/2006/12/10/les-templiers-dapres-jacques-de-vitry-1180-1240/


mercredi 4 avril 2007

Baron Louis Seutin, un chirurgien réputé


A Waterloo, on vit Seutin,
Toujours calme et toujours serein,
Par son génie sauver la vie
A mille enfants de la Patrie

(quatrain dédié à Louis Seutin par un auteur anonyme)


Louis-Joseph-Ghislain Seutin, est né à Nivelles, le 19 octobre 1793. Il était le dixième d’une famille nombreuse qui comptait douze enfants.

Son père, né à Ronquières était instruit bien qu’issu d’un milieu agricole modeste. Bourgeois et doyen du métier des drapiers, il tenait avec son épouse, Marie Raspe, également originaire du milieu agricole, un commerce de draps à l’enseigne « A la Boule ». Ce magasin était situé sur la Grand-place de Nivelles.

A l’école primaire, Louis Seutin suivit les enseignements de l’abbé Lafontaine dont le frère pratiquait la chirurgie. Ce praticien lui donna un ouvrage d’anatomie et peu de temps après, le petit Louis connaissait le nom de tous les os du corps humain et des principaux muscles.

Pour ses études secondaires, Seutin fréquenta le collège communal (futur athénée). Il y obtint différents prix dont un prix de grammaire et de syntaxe.

Dès l’âge de 17 ans, en octobre 1810, au lieu d’entrer en classe de poésie, il quitta Nivelles et s’installa chez sa sœur aînée qui habitait rue Haute à Bruxelles. Désireux d’entreprendre des études médicales, il obtint son admission à l’école secondaire de médecine implantée à l’hôpital Saint Pierre, avec la ferme intention de décrocher le brevet d’officier de santé. Il faut savoir qu’à cette époque, l’on pouvait obtenir un brevet qui permettait d’exercer l’art de la médecine sans avoir le grade de docteur. Comme aujourd’hui, le titre de docteur en médecine ne s’obtenait qu’au sein d’une faculté universitaire.

Dès 1812, par ses mérites, il décrocha une place d’élève interne à l’hôpital, et obtint les premiers prix d’anatomie et de médecine opératoire ainsi qu’un prix pour le cours des maladies des femmes et des enfants.

En ces temps, notre pays était français. Louis Seutin n’échappa pas à la conscription, car le tirage au sort ne lui fut pas favorable. Toutefois, en obtenant l’ajournement qui lui permit de terminer ses études, il évita l’enrôlement dans une unité de combat.

Après la réussite d’examens à Paris, il fut nommé chirurgien aide major dans l’armée de Napoléon Bonaparte et fut affecté aux troupes napoléoniennes qui avaient leurs cantonnements dans le Mein en Allemagne.

En 1813, Seutin se trouvait sous les ordres du chirurgien chef Larrey. Sa tâche principale fut de soigner les blessés après les batailles de Bautzen et de Dresde. Malheureusement, les troupes du Maréchal Gouvion-Saint-Cyr encerclées près de Dresde durent capituler et Seutin se retrouva prisonnier dans la forteresse d’Olmutz jusqu’au traité de paix signé l’année suivante.

Le 3 avril 1814, Napoléon Ier fut déchu par le sénat. Le traité de Fontainebleau, signé le 11 avril 1814, confirma sa première abdication.

Licencié, le 27 juin 1814, du service français, Seutin rentra à Nivelles, à la satisfaction de sa famille et de ses amis.

Le congrès de Vienne, une conférence internationale mise en place pour redessiner la carte de l'Europe, rattacha les provinces belges aux provinces hollandaises sous la souveraineté de Guillaume Ier des Pays-Bas.

Le 8 octobre 1814, le commissaire général de la guerre nomma Seutin au poste de chirurgien aide major à l’hôpital militaire de Bruxelles.

Le 26 février 1815, Napoléon s’échappa de l’île d’Elbe. Son retour marqua le début de la campagne des cent jours qui apporta dans notre région de terribles affrontements. En effet, le coût de la bataille de Waterloo s'éleva à plus ou moins 40 000 morts, blessés ou disparus, armée française et armées alliées confondues.

Nivelles fut, avec d'autres localités environnantes, l’une des destinations des convois de blessés. L'église des Récollets, à elle seule, contint plus de 500 combattants, blessés ou mutilés. 129 soldats qui ne survécurent pas à leurs blessures furent ensevelis dans le cimetière de la ville (un clic ici pour visionner la pierre commémorative qui se trouve devant l’entrée principale du cimetière).

Bien que le quatrain mentionné au début de cet article laisserait penser que Seutin soignait les blessés, le 18 juin 1815, sur les lieux des combats, ses mémoires nous laissent entendre qu’à ces instants tragiques il se trouvait plus que vraisemblablement à Bruxelles :

« Après les quatre journées de la bataille (du 15 au 18 juin), les blessés nous arrivèrent en si grand nombre que les hôpitaux et les maisons des habitants de Bruxelles en regorgeaient »
(…)
« Le 28 juin je fus nommé chef de l’ambulance qui devait se rendre dans les communes voisines du champ de bataille pour y donner des soins aux nombreux blessés qui s’y trouvaient. L’instruction que je reçus était ainsi conçue : Les officiers de santé sont sous les ordres de M. Seutin qui sera chargé particulièrement du service chirurgical. La division se rendra à Wavre, Charleroy, Nivelles et autres communes environnantes, afin de prodiguer aux blessés tous les secours possibles. »

De 1816 à 1820 Seutin redevint étudiant. Il obtint les diplômes de docteur en médecine à la faculté de Leyde et de docteur en chirurgie et accouchements à la faculté de médecine de Liège.

A cours de la période de 1822 à 1824, il obtint sa démission en tant que médecin militaire, fut appelé comme chirurgien chef de l’hôpital Saint-Pierre et fut nommé professeur de médecine opératoire, d’accouchements et de maladies des femmes et des enfants à l’école de médecine de Bruxelles.

C’est à cette époque, qu’il convola en justes noces avec Marie-Thérèse Caroly, une des plus riches héritières de Bruxelles. On raconte qu’avant de rencontrer celle qui deviendrait sa femme, il aurait désiré prendre en épousailles une nivelloise, fille du brasseur Desbille mais celle-ci, suivant le vœu paternel, préféra consacrer sa vie aux œuvres religieuses et serait devenue une des fondatrices de la congrégation des sœurs de l’Enfant-Jésus de Nivelles.

Le 4 novembre 1830, à la conférence de Londres, l’indépendance de la Belgique est reconnue par l’Autriche, la France, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie. La Hollande marque son opposition.

En 1831, lors d’une dernière tentative de reconquête hollandaise, Louis Seutin participe, en tant que médecin-chef de la jeune armée belge, au siège de la citadelle d’Anvers occupée par le général hollandais Chassé.

En 1834, le roi Léopold Ier choisit Seutin comme médecin personnel.

La même année, Seutin soutint Théodore Verhaegen dans la fondation de l’Université Libre de Bruxelles. Il prit la tête des chaires de clinique chirurgicale et de médecine opératoire.

En 1841, il fut parmi les membres fondateurs de l’académie royale de médecine belge.

En 1852, le Conseil des Hospices de Nivelles le nomma médecin en chef honoraire de l’hôpital général de la ville.

En 1853, il fut élu sénateur du parti libéral. Au sénat, il prôna l’amélioration du sort des classes laborieuses et de l’hygiène publique. C’est à l’occasion de cette nouvelle carrière dans la politique qu’il démissionna de son grade à l’armée, fut admis à la pension de retraite et fut nommé Inspecteur Général Honoraire du Service de santé.

En 1861, Louis Seutin fut muté à l’hôpital Saint-Jean. Quelques mois plus tard, il souffrit d'une maladie cardiaque qui l'obligeat à s'aliter, suite à de fortes contrariétés dues au non-respect de ses ordres donnés à un personnel qui, pensait-il, n’avait pas la même conception des principes qui avaient motivé toute sa vie professionnelle.

Le 5 janvier 1862, ses amis voyant sa santé décliner lui offrirent un magnifique groupe en bronze sur lequel on pouvait lire « Au persévérant défenseur de la dignité professionnelle, le baron Seutin, ses confrères belges reconnaissants ».

Le 29 janvier 1862, il rendit l’âme. Son épouse, la baronne Seutin le suivit de peu. Ils n’avaient pas de descendance.

Le corps de Louis Seutin repose au cimetière de Laeken. Sa tombe se trouvait en 1998 dans un piteux état. Dans le journal « Vers L’Avenir Brabant wallon » du 31 octobre 1998 – page 8 on pouvait lire : «…… L'imposante tombe du Nivellois Louis Seutin subit le même sort. Les grilles qui l'entourent sont rouillées, la plaque de marbre est illisible. Tout au plus reconnaît-t-on le portrait de ce célèbre médecin qui inventa la technique du plâtrage pour immobiliser les membres fracturés. » Il est bon de rectifier en partie ce commentaire. Il ne s’agissait pas encore de la technique du plâtre utilisé de nos jours mais bien d’une méthode amovo-inamovible développée à partir d’un bandage amidonné et d’attelles en carton.

Son testament

Louis Seutin léguât des sommes importantes à l’administration des Hospices et à l’école maternelle de Nivelles ainsi que pour la création d’une bourse en faveur d’un membre de sa famille ou à défaut d’un jeune Nivellois désireux d’effectuer des études de droit ou de médecine à l’Université libre de Bruxelles. Dans son testament figurait également une donation substantielle pour l’époque de 6.000 francs « or » destinée à la réfection de la fontaine-perron de la Grand-Place. Perron autour duquel il avait vraisemblablement joué quand il était enfant. Enfin, il léguât son cœur à sa ville natale.


La translation de son cœur de Bruxelles à Nivelles

Un dimanche d’avril 1862, malgré la neige qui tombait à gros flocons, une foule considérable était présente à la gare du Nord de Nivelles pour accueillir la famille de Louis Seutin. Celle-ci apportait l’urne en argent contenant le coeur de l’illustre chirurgien.


L’inauguration du monument à la gloire du baron Seutin



Le 21 juin 1903, en présence de l’héritier du trône de Belgique, le prince Albert, une cérémonie se déroula dans le square devant la gare de l’Est de Nivelles afin d’inaugurer le monument à la gloire du baron Seutin. Son cœur, qui dans un premier temps reposait dans la chapelle de l’Hôpital général, situé dans l’ancien couvent des récollets, fut placé, au sommet du monument, dans le buste qui le représente.
Au bas du monument se trouve une femme tenant une lampe à huile allumée. Cette lampe symbolise la science émergeant de la nuit.


Une statue de Seutin de plein pied reposant sur un piédestal se trouve également dans la cour d’honneur de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles.


La célébration du centenaire de la mort du célèbre chirurgien


Ce n’est pas le 29 janvier 1962 mais bien le 22 septembre 1963 que l’on célébra le centenaire de la mort de Louis Seutin. La cérémonie s’est déroulée en partie à l’hôtel de ville de Nivelles et en partie devant sa statue au square qui porte son nom. Jules Bary, le bourgmestre de l’époque, le colonel d’Artillerie honoraire Charles Rascar et le doyen de la faculté des sciences de l’Université Libre de Bruxelles, le professeur Burniat firent dans leur allocution l’éloge de cet homme de Science que fut le baron Seutin.

Les plus importants titres et décorations de Louis Seutin


1822 : Il fut décoré par Guillaume Ier de la croix de chevalier de l’ordre du « Lion Belgique » pour ses services rendus en 1815.

1831 : Le roi de France Louis-Philippe lui décerna la « Légion d’honneur ».

1834 : Il fut nommé chevalier de l’ordre de Léopold.

1847 : Le Roi Léopold Ier l’anoblit et lui conféra le titre de baron.

1859 : Le Roi lui conféra la haute distinction de Commandeur de l’Ordre de Léopold.

Seutin, l’inventeur

Louis Seutin aurait préféré une chirurgie moins mutilante qui aurait réservé le couteau uniquement pour des opérations réparatrices. Le hasard lui fournira l’occasion de concevoir un procédé de réduction des fractures, la méthode amovo-inamovible, l’ancêtre du plâtre d’aujourd’hui. Lors d’une visite chez des amis on lui montra une chèvre qui avait une patte cassée et on lui demanda de bien vouloir la guérir. Voyant une servante qui était en train d’empeser du linge, cela lui donna l’idée d’utiliser l’empois d’amidon pour fixer les bandes dont il s’était servi pour confectionner son appareil contentif.
A partir de ce moment il n’eut de cesse de développer sa méthode. De l’étranger, on vint s’informer de ses travaux et de leurs applications. Les bénéfices liés à son procédé lui paraissaient si évidents qu’il s’en alla parcourir l’Europe afin de le vulgariser. A partir du 24 juillet 1851, ses pérégrinations le conduisirent en Allemagne, en Russie, en Turquie, en Grèce, en Italie et en France. Partout il reçut un accueil enthousiaste. Il revint en Belgique en janvier 1852.

Seutin fut également le créateur d’une pince chirurgicale qui porte son nom.

Trois rues et un square lui sont dédiés

A Nivelles : la rue Seutin et le square Baron Seutin
A Schaerbeek : la rue Seutin
A Waterloo : l’avenue Baron Seutin



D'autres photographies relatives au square Baron Seutin


http://picasaweb.google.com/gerard.lenelle/LouisSeutin


Documents de référence :


- Le Baron L. Seutin, sa vie et ses travaux – ouvrage posthume publié par le docteur J. R Marinus – 1862
- Un illustre Nivellois – Le Baron Seutin par Charles Rascar, colonel d’Artillerie Honoraire – Rif tout dju n° 100 – juin 1966 - pages 41 à 55
- Médecins et chirurgiens de la grande armée – extrait du bulletin de la Société belge d’études napoléoniennes, n° 65 paru dans le Rif tout dju n° 131 – septembre 1969 – page 32
- Seutin, Nivellois … né à Bruxelles ? article de Joseph Delmelle – Rif tout dju n° 191 – septembre 1975 – pages 11 et 12
- Le baron Seutin dans l’histoire militaire et médicale de son temps par Edgard Evrard - 1984
- Le baron Seutin : A hauteur d'homme - Rif tout dju n°279 - mars 1985 - pages 17 à 18
- Un grand Nivellois – Louis Seutin (1793-1862) par Louis Genty – paru dans la presse régionale en septembre 1990
- Nivelles en 1815 : article paru dans la Dernière Heure du 3 octobre 2000
- Nivelles : article paru dans la Dernière Heure du 7 octobre 2000
- Le baron Louis Seutin, médecin par Georges Lecocq – S.A.N. n° 131 – octobre/novembre 2000


Sites de référence :

-
http://nivelles.be/ViewArticle.php?ref=TOPA00362

-
http://old.rtbf.be/rtbf_2000/bin/view_something.cgi?type=article&id=0092696_article&menu=0010478_menulist&pub=RTBF.CAP%2FCAP.FR.la_taille.SP.BXXL